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Canicule, sécheresse : les SIAE en première ligne face au dérèglement climatique

13 août 2026

Canicule, sécheresse : les SIAE en première ligne face au dérèglement climatique

Entre baisse d'activité, risques pour les salariés et fragilité économique, les structures d'insertion appellent à une meilleure prise en compte de leurs réalités. Quelles solutions possibles pour compenser les pertes d’exploitation et garantir la sécurité économique de sa structure ? Coorace fait le point avec vous.

Les fortes chaleurs ne mettent pas seulement les organismes humains à rude épreuve. Elles fragilisent aussi l'économie sociale et solidaire. Pour les Structures d'insertion par l'activité économique (SIAE), dont une grande partie des missions s'effectue en extérieur, les épisodes climatiques extrêmes se traduisent désormais par des chantiers suspendus, des heures de travail perdues et des modèles économiques mis sous tension.

Alors que les vagues de chaleur se multiplient, une question revient avec insistance dans les réseaux de l'insertion : comment protéger les salariés sans mettre en péril l'équilibre financier des structures ?

« Nous ne pouvons plus planifier notre activité »

Dans une association intermédiaire (AI), la canicule bouleverse désormais l'organisation du travail.

« Nous avons revu les horaires pour que les salariés travaillent uniquement le matin. C'est indispensable pour leur sécurité, mais cela crée immédiatement du retard dans l'exécution des commandes. »

La principale activité de cette structure repose sur l'entretien des espaces verts. Or cette année, la sécheresse a profondément modifié les besoins des clients.

« Tout est grillé. Les pelouses ne poussent plus. Les particuliers et les collectivités repoussent les interventions. Nous ne pouvons plus prévoir notre volume d'heures d'une semaine sur l'autre. »

À cette baisse d'activité s'ajoute un autre sujet d'inquiétude : le risque incendie.

« Utiliser une débroussailleuse sur une végétation complètement sèche peut suffire à déclencher un départ de feu. Certaines interventions deviennent tout simplement trop risquées. »

Ces difficultés concernent de nombreuses SIAE intervenant dans les espaces verts, mais aussi dans le bâtiment, la propreté urbaine, le maraîchage ou encore le recyclage.

Une double peine pour les structures d'insertion

Contrairement à une entreprise classique, une SIAE ne gère pas seulement une activité économique. Elle porte également une mission d'accompagnement social et professionnel.

Lorsque les commandes diminuent, ce sont donc deux équilibres qui vacillent.

D'abord celui de la structure, dont le chiffre d'affaires dépend directement des prestations réalisées.

Ensuite celui des salariés en parcours d'insertion, qui voient leur volume d'heures diminuer alors même que l'emploi constitue le principal levier de leur accompagnement.

Pour les associations intermédiaires, particulièrement dépendantes des mises à disposition de personnel, les annulations de missions se traduisent immédiatement par une perte de recettes, sans possibilité de rattrapage.

« Nous faisons face à un paradoxe », résume un directeur de SIAE. « Nous devons protéger les salariés, ce qui est évidemment prioritaire, mais nous n'avons quasiment aucun filet économique lorsque le climat nous empêche de travailler. »

FAQ pour les structures

Une AI peut-elle demander l'activité partielle ?

Oui, mais sous conditions.

Une association intermédiaire, comme tout employeur, peut solliciter le dispositif d'activité partielle lorsque son activité est temporairement réduite ou interrompue en raison de circonstances exceptionnelles.

Dans le cas d'épisodes climatiques extrêmes, la demande devra démontrer notamment :

  • que la baisse d'activité est directement liée aux conditions météorologiques ;
  • que cette situation est indépendante de la volonté de l'employeur ;
  • que l'activité ne peut être maintenue dans des conditions normales ou en sécurité.

Chaque dossier est examiné individuellement par l'administration. Il ne s'agit donc pas d'un droit automatique.

Existe-t-il une indemnisation des pertes d'exploitation ?

En règle générale, non.

Les pertes liées à une baisse d'activité provoquée par la chaleur ou la sécheresse ne donnent pas automatiquement lieu à une compensation financière.

Les assurances ne couvrent ces situations que si une garantie spécifique « pertes d'exploitation » est prévue et qu'elle est liée à un sinistre garanti. Une simple diminution des commandes due aux conditions météorologiques est généralement exclue.

Des aides exceptionnelles peuvent être décidées par l'État ou les collectivités lors de catastrophes majeures, mais elles restent ponctuelles.

 

Le changement climatique devient un enjeu de politique de l'insertion

L'enjeu dépasse désormais la simple gestion des épisodes de chaleur.

Les SIAE adaptent progressivement leurs organisations : horaires décalés, développement d'activités moins exposées, investissement dans des équipements de protection, révision des plannings d'intervention.

Mais ces adaptations ont un coût.

Pour Coorace, les modèles économiques construits il y a vingt ans n'intégraient pas la multiplication des aléas climatiques. Les structures doivent aujourd'hui absorber des interruptions d'activité plus fréquentes, sans mécanisme de compensation réellement adapté.

Cette situation interroge également les pouvoirs publics. Comment préserver les parcours d'insertion lorsque les heures de travail diminuent pour des raisons climatiques ? Les modalités de financement des SIAE doivent-elles évoluer pour intégrer ce nouveau risque ?

 

Un enjeu ESS : concilier transition écologique et justice sociale

Les acteurs de l'économie sociale et solidaire sont parmi les premiers confrontés aux effets concrets du changement climatique sur l'emploi.

Parce qu'elles accueillent des personnes souvent éloignées du marché du travail, les SIAE cumulent plusieurs responsabilités : protéger la santé de leurs salariés, maintenir leur mission d'insertion et préserver leur équilibre économique.

À mesure que les canicules deviennent la norme plutôt que l'exception, une conviction s'impose : l'adaptation au changement climatique ne peut plus être pensée uniquement sous l'angle environnemental. Elle devient aussi un enjeu de solidarité, de financement et de justice sociale.

 

INAÉ Nouvelle-Aquitaine aux côtés des SIAE touchées par les incendies

Alors que les incendies en Gironde et dans les Landes entraînent d’importantes perturbations économiques, notre partenaire INAÉ Nouvelle-Aquitaine se mobilise auprès des structures de l’insertion par l’activité économique (SIAE) concernées.

Fermetures temporaires, arrêts de chantiers, difficultés d’accès aux locaux ou encore salariés en insertion impactés, ces perturbations peuvent avoir des conséquences directes sur l’activité des structures et sur les parcours d’insertion en cours.

INAÉ Nouvelle-Aquitaine se tient à la disposition de ses structures adhérentes en Gironde et dans les Landes afin de recenser leurs difficultés et leurs besoins. Les structures concernées sont invitées à prendre directement contact avec INAÉ, qui centralisera les remontées du terrain afin de les relayer auprès des interlocuteurs compétents.

Dans le contexte des incendies en cours en Gironde, les entreprises impactées peuvent également demander à bénéficier du dispositif d’activité partielle, notamment au titre d’une « autre circonstance de caractère exceptionnel » ou d’un « sinistre ou intempéries de caractère exceptionnel ».

Retrouvez toutes les informations et les modalités d’accompagnement sur le site d’INAÉ Nouvelle-Aquitaine en cliquant ci-dessous :